Pour introduire notre chronique de ce jour, je vais vous relire un extrait de la chanson de Jonnhy: « L’envie ».
Qu’on me donne l’obscurité puis la lumière, Qu’on me donne la faim, la soif puis un festin, Qu’on m’enlève ce qui est vain et secondaire
Que je retrouve le prix de la vie, Qu’on me donne le froid pour que j’aime la flamme Pour que j’aime ma terre qu’on me donne l’exil, Et qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes.On m’a trop donné bien avant l’envie. J’ai oublié les rêves et les merci Toutes ces choses qui avaient un prix Qui font l’envie de vivre et le désir Et le plaisir aussi
Qu’on me donne l’envie. L’envie d’avoir envie. Et qu’on allume ma vie.
Dans cet extrait, les paroles de Johnny expriment parfaitement ce qui crée le désir, ce qui ouvre la porte à l’envie: le manque et le contraste. La psychanalyse explique par le terme de castration, ce facteur essentiel à l’éclosion et à la perpétuation du désir qui sont le manque, la frustration, le sentiment d’incomplétude qui nous pousse à chercher, à poursuivre l’objet ou le projet qui l’espace d’un instant donnera l’illusion de compléter, de remplir le vide existentiel lié à notre condition humaine.
Et ce sont un peu les conditions qui sont réunies depuis plus d’un an, où confinés, restreints dans nos libertés, nous pourrions retrouver cet élan de vie, d’envie (en vie) propre à l’être humain. Privés aujourd’hui de ce qui auparavant était tout simplement acquis, nos élans et nos rêves pourraient trouver un second souffle et se nourrir du contraste de ce que l’on n’a pas, n’a plus. Et pourtant, dans les faits, les experts observent une réaction à l’opposé de cet élan de désir. En effet, l’émotion dominante de cette année 2021 serait faite de lassitude et de flegme. La majorité d’entre nous se seraient transformés en ado blasés et apathiques.
Pour quelle raison, alors que le manque serait supposé créer l’envie, cette épidémie (excusez moi l’expression), de non envie, de lassitude profonde, de manque d’énergie s’abat-elle sur la population des privilégiés occidentaux?
Dans un article du New-York times, le journaliste Adam Grant évoque ce phénomène généralisé de 2021, le Blah ou le BOh appelé le syndrome du Languishing (du verbe languish, se languir ou se morfondre).
Alors que dans les premiers temps de la pandémie, les émotions dominantes étaient l’angoisse et la peur intense, celles-ci furent suivies une fois apaisées, pendant la deuxième phase du printemps 2020 par le deuil. La population faisait à la fois le deuil de ses proches mais également celui-du monde tel qu’il avait été jusqu’alors. Le deuil d’une certaine forme de normalité.
1an plus tard, alors que les mesures sanitaires ne semblent pas très efficaces, et les politiques gentiment absurdes, une partie d’entre nous, vous, serait touchée par ce nouveau syndrome dit du languishing. Une sensation profonde d’ennui, d’absence de but ou de direction.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’expression L’homme planifie et Dieu rigole s’illustre à une vitesse et une clarté telle, qu’il serait préférable de ne plus avoir de plan ou de projet afin d’éviter les désillusions, frustrations et autres joyeusetés. Là où te te projettes, ça tombe bien souvent à l’eau.
En psychologie, certains se représentent la santé mentale sous la forme d’ un spectre où d’une échelle partant à l’extrême gauche de la dépression caractérisée par un désespoir profond, un sentiment de non valeur et d’épuisement, et menant à l’autre extrême à l’épanouissement personnel, le top de bien-être, où vous vous sentez maître de votre vie. Une vie qui est pleine de sens pour vous. Le languishing serait l’enfant du milieu de la santé mentale. Pas encore, signe de mal-être psychologique, il serait plutôt l’absence de bien-être.
Et cette allégorie me fait penser également à un autre syndrôme très connu de la psychologie appelé, l’impuissance acquise. Parfaitement illustré par le conte de l’Eléphant enchaîné. En résumé, un éléphant de cirque, bien que pesant un poids énorme et ayant une force incroyable, restait attaché à un tout petit piquet, sans jamais essayer de s’enfuir. Eléphanteau, son cornac l’avait attaché à ce poteau et pendant plusieurs semaines il avait tenté de retrouver sa liberté à maintes reprises, jour et nuits, il tirait sur sa chaîne, mais ne parvint jamais à la briser ni à arracher le piquet de terre. Un jour, il arrêta simplement d’essayer. Et bien que des années plus tard, devenu adulte et puissant, il aurait suffi d’un mouvement sec pour se libérer de ce ridicule enchaînement, il ne repensa plus jamais à la possibilité de réussir là où il avait toujours échoué étant petit.
Après une année de privation de nos liberté, de fermetures de frontières, de projets professionnels avortés, certains d’entre-nous se seraient-ils résignés? Privés de nos distractions habituelles (voyages, fêtes, projets) qui nous permettaient auparavant de nous accommoder du non sens de cette société, centrée sur le profit et oubliant l’essentiel, l’humain et la communauté, aujourd’hui nous voilà acculés à une lucidité effrayante voire assommante mettant sous les spotlight l’inutilité de nombre de profession et le non valorisation de celles qui au fond, portent et font vraiment tourner notre corps social.
Le manque de vie au profit d’un mécanisme de survie, une politique qui évite de mourir plutôt que de choisir de vivre, ne nous mènerait-elle pas d’office à laisser tomber les bras et se résigner à une indifférence qui certes pas très confortable aurait l’avantage de ne pas prendre le risque de la déception, ou au pire de la perte et de la maladie?
Alors que le passé n’est plus, le futur incertain et rétréci qui nous est proposé tue dans l’oeuf tout mouvement en avant ainsi que tout projet à long terme.
Cette situation dans laquelle l’humanité se trouve aujourd’hui m’évoque celle des couples qui viennent me voir en thérapie. Après, la phase fusionelle du couple, dites de lune de miel (en gros un an , un an et demi) ceux-ci traversent ce qu’on appelle la phase conflictuelle. Là où avant, le sentiment amoureux nous faisait faire compromis sur compromis, quitte à s’oublier soi-même pour l’autre, arrive ce moment où chaque partenaire a besoin d’être reconnu dans son individualité pour poursuivre la relation. Et?
Bin, ça passe ou ça casse.
Bien souvent, lorsque je demande à chacun des partenaires de définir leurs intentions thérapeutiques, les couples souhaitent redevenir comme avant. Ils ont cette nostalgie des premiers moments excitants, où l’autre est parfait quitte à vivre dans un semi mensonge.
Il me demandent en somme de faire renaître l’inconscience des protections et illusions amoureuses. Ma réponse est simple, il n’y aura plus de comme avant. Par contre cette crise, qui contient le risque de la rupture, contient également le cadeau de la possibilité de créer du nouveau qui réponde à vos aspirations profondes et où chacun peut se vivre tel qu’il est. Deuil de l’ancien pour faire place à un renouveau encore non exploré.
Et si la crise actuelle était-elle aussi cette opportunité pour nous, vous, l’humanité de choisir un nouveau monde calqué sur nos valeurs essentielles.
Comment sortir alors de cette phase d’apathie et dépasser cette lassitude afin de redémarrer le moteur de nos vies?
L’issue de ce languishing se loge dans deux facteurs qui composent selon T.Janssens le bonheur: Ce qui participe au bonheur c’est 1. Le flow et 2. le sentiment de sens (meaning). Le flow nous fait perdre la notion de temps, le sens, nous donne des ailes pour créer notre vie.
Par exemple pour moi danser, aller dans la nature ou écrire me fait vivre ce flux, donner une séance de soin énergétique et voir les changements que cette séance impulse dans la vie personnes qui le reçoivent donne un sens et une joie profonde à ma vie et mon être.
Apparemment ceux d’entre nous qui auraient traversé cette année de pandémie avec brio, et qui augureraient d’une meilleure santé mentale sur le long terme seraient, non pas les adeptes du je vais bien tout va bien, mais plutôt ceux-là qui peuvent entrer dans le flux. Ces personnes qui ont profiter de ce ralentissement social et économique pour retrouver la douceur du moment présent . Ceux qui ont choisi de profiter de chaque instant et des petits miracles du quotidien ( une belle lumière, un chouette bouquin) sans chercher à se projeter dans l’avenir à tout prix.
Ces personnes ont distiller dans leur quotidien des activités qui leur font vivre ce flux comme la créativité artistique, une balade en forêt, cuisiner, être avec un être aimé ou simplement faire la vaisselle.
Le deuxième facteur salvateur et curatif de ce languishing ou lassitude serait de redonner du sens à votre vie. Remettre le curseur de votre boussole intérieur à sa place et questionner le sens qui est aligné à votre vérité unique. Cette période de pause et de repos vous offre la possibilité de redéfinir vos priorités, vos valeurs profondes pour commencer à vous engager pour une vie qui vous ressemble.
Ce sens profond se vit grâce à un lieu de vie plus approprié, une occupation professionnelle qui vous donne le feu, des relations qui vous nourrissent.
La question que je vous pose alors c’est.
Pouvez-vous choisir de faire confiance dans le fait que Quand tout votre être s’engage pour votre vérité unique, l’univers conspire en votre faveur!
Et plutôt que d’attendre que le gouvernement le fasse pour vous, alors vous pouvez tout en restant dans le moment présent commencer à faire des choix aux quotidiens qui sont doux et bons pour vous, qui vous ramènent dans le flux et font remonter vos aspirations propres et qui du coup transformeront votre quotidien sur le long terme et comme dirait Jonnhy: R-allumons vos vies. R-allumez vos vies mes amis, parce que personne ne peut le faire à votre place.