L’idée d’aborder ce sujet est apparue il y a déjà quelques mois et pourtant, alors que j’avais entamé mes recherches, lectures et visionné une multitides de video, je ne pouvais me résoudre à écrire cette chronique.
Aujourd’hui, alors que j’ai mis en conscience ce qui me taraudait depuis ma tendre enfance, cet innommable caché en moi, je peux enfin sortir de cette culpabilité presque génétique pour regarder chaque part d’ombre et en révéler sa lumière.
Et oui, comme je vous l’ai déjà dit, j’ai été jusqu’il y a peu la championne du monde du jugement sur moi, et là où il y a jugement, il y a culpabilité et vice et versa, et réciproquement et tutti quanti.
Il fut une époque où j’étais tellement habitée par cette culpabilité qu’elle était comme une seconde peau. Un ami avait déclaré en me taquinant: c’est bien simple Caro, si y quoi que ce soit qui foire sur cette planète nous partirons de l’hypothèse de base que ça doit certainement être de ta faute.
C’est vrai que depuis, toujours, j’ai à coeur de prendre mes responsabilités dans ce qui ne tourne pas rond dans ma réalité, je suis prompte à me remettre en question, à évoluer, à apprendre de mes erreurs et j’en suis heureuse car cette part de moi m’a amenée jusqu’ici, une place où je recherche encore et toujours, où je mets de la conscience, où je rechoisi d’être maître de ma destinée sans la contrôler.
Mais il fut un temps, où cette qualité naissait du postulat que je n’étais jamais à la hauteur, que si j’étais maltraitée ou inconsidérée c’était très certainement de ma faute et que je devais apprendre à prendre ma place, mettre mes limites etc, et de manière très inconsciente se nourrissait d’une conviction profonde et insidieuse qu’il y avait en moi une noirceur visqueuse, un péché originel que je me devais non seulement d’expier mais également de réparer. Dans mon cas, je l’appellerais le syndrome du survivant même si je ne m’étalerai pas sur les conditions particulières où j’ai été épargnée par rapport à d’autres.
Le siège de la culpabilité était là, bien rangé, bien ancré et le nid de la victimisation aussi par la même occasion.
Car qui se sent coupable pour tout, devient victime de tous. Comme dirait, Marshall Rosenberg (le maître de la communication Non Violente):
« Ne donne jamais à quiconque le pouvoir de te faire soumettre ou te rebeller. »
Mais d’où vient, cet implant de culpabilité qui me, nous, vous colle à la peau, qui structure vos cellules comme si elle était votre constitution de base et qui vous vole votre droit le plus essentiel en tant qu’être humain: le libre arbitre.
Car qui culpabilise se prive de sa liberté de choix et de sa responsabilité.
Je m’explique, dernièrement je regardais une série où, le petit-copain de la personnage principale avait foiré et elle s’était séparée de lui ne pouvant lui faire confiance sur le long terme; J’ai été interloquée par la résolution du problème de couple, qui en gros résidait en un discours auto flagellant de la part du boyfriend en question : allant du « je ne te mérite pas, à je suis tellement désolé ». Rien, dans ses paroles reflétait une prise de responsabilité qui augurait de la possibilité future d’un changement d’attitude. Bref au lieu de regarder sans jugement ces actes certes foireux et de choisir de faire en sorte de poser des actes et paroles qui prendraient en considération sa partenaire la prochaine fois, celui-ci se vautrait dans l’indignité, la honte et le jugement sur lui, qui, j’en mets ma main à couper, garantissent qu’il pourra reproduire à maintes et maintes reprises ses erreurs sous l’excuse qu’il est, oh mon Dieu indigne de son amour, un pauvre être abject et sans valeur sans responsabilité.
En d’autre mot: je suis coupable et c’est pas de ma faute si tout est de ma faute. Et effectivement, ce mécanisme d’auto-dévalorisation de soi et de culpabilité extrême ne nous appartient pas, ne vous appartient pas. Il se transmet de génération en génération, dans vos gènes, vos habitudes verbales et les attitudes des adultes envers vous. Si ce n’est pas de votre faute de croire que tout est de votre faute par contre c’est de votre responsabilité de vous engager à vous libérer du joug de la culpabilité pour bifurquer vers la responsabilité. Qui consiste à regarder en face vos actes et paroles sans les confondre avec la valeur de votre être (pas d’amalgame s’il vous plait).
Pour mieux illustrer tout ça, je peux tout à fait reconnaître que j’ai fait ma bitch sur ce coup-là, sans que cela face de moi une b…. Par contre, si vous vous trouver des excuses pour chaque maladresse ou mots mal placés façon c’est pas de ma faute, ma mère est morte quand j’étais petit et j’ai pas appris à prendre soin des autres. Et bien effectivement, à force de poser des actes et paroles maltraitants, les comportements qui se répètent deviennent des attitudes plus générales, qui une fois bien installées deviennent des traits d’identité: on passe de j’ai eu une parole blessante à je suis un fieffé c…. (Remplissez la suite avec votre insulte de prédilection, faites vous plaisir vous n’êtes pas à l’antenne).
Alors, comment ça fonctionne, cette programmation à la culpabilité, qui fait de nous des petits sujets bien contrôlés, prêts à se soumettre à la volonté de toute autorité ou influence extérieure par peur du jugement des autres.
Maître Osho, Marshall R et Isabelle Padovani expliquent que dans nos systèmes d’éducation, la responsabilité est placée à l’extérieur de nous. Enfants, nos parents nous font croire que leurs humeurs ou leurs émotions sont liés à nos comportements. Qui n’a pas entendu? : « Maman sera très contente si tu fais des beaux points à l’école. Et si tu ne manges pas toute ta soupe papa va être fâché ». Et il nous en faut peu, en tant qu’enfant pour acheter ces belles foutaises.
En effet, tout petit, nous n’avons pas encore ce sentiment de séparation que notre ego va nous imposer avec le temps. Non, nous sortons de l’oeuf en quelque sorte et selon ces guides spirituels, nous sommes encore très proches de la source de vie. Nous appartenons encore au grand tout. Cette Source dont parlent les guides c’est ce que certains d’entre vous ont déjà eu peut-être eu la chance d’expérimenter en méditation par exemple quand vous pouvez vivre la communion avec l’univers, quand vous êtes à la fois, la vague et l’océan. Ce genre d’expériences, peuvent se vivre également lors des accidents vasculaires cérébraux, lorsque le cerveau verbal et linéaire est touché et que seul celui de la globalité fonctionne. Mais bon je vous conseille plutôt la méditation quand même.
Et donc, lorsque l’enfant, encore persuadé d’être le Tout (qui en anglais rejoint le Whole et le Holy saint) voit que quand il a des beaux points maman est heureuse, il aura vite fait de faire un petit raccourci et de généraliser: Ok donc, si je ramène toujours des beaux points, maman sera toujours heureuse. Sauf que ce n’est pas si simple. Pourtant, trop tard, le malheureux aura déjà amorcé le lit du perfectionnisme.
De même, si, alors qu’il continue à réaliser des notes extraordinaires l’enfant perçoit que maman ou papa n’est quand même pas content, il va en déduire qu’il a sûrement fait quelque chose de mal (alors qu’en fait papa et maman n’ont plus joui depuis 6 mois et que ça n’a rien strictement à voir avec lui).
Et c’est là que, petit bout que vous étiez, avez commencé à croire en une causalité linéaire entre ce que vous êtes en profondeur et les choix d’humeur de maman ou papa. Voir, si vous avez été maltraité psychologiquement ou physiquement en déduire qu’il y a très certainement quelque chose d’honteux et de de coupable en vous qui justifierait les paroles, gestes et négligences des adultes qui vous entourent.
Imaginer ce que ça donne si vous avez eu un parent dépressif, vous en aurez vite conclu puisque vous ne parvenez pas à lui donner le sourire, que vous ne valez rien, qu’il y a quelque chose à corriger, réparer, changer. La course à la perfection est lancée.
De la culpabilité de fond au perfectionnisme il n’y a qu’un pas. Pour comprendre l’inhumain et donner un sens à l’insensé, par exemple la maltraitante, la négligence ou l’abus, vous aurez vite fait, enfant de chercher à être irréprochable pour éviter à tout prix le rejet, l’abandon en cherchant à combler un adulte qui ne pourra jamais l’être. Pour certains d’entre vous peut-être que, quoi que vous fassiez, papa était mécontent, ou maman malheureuse et frustrée. Le perfectionnisme qui cherche à vous prémunir du sentiment d’impuissance face aux choix d’humeur de vos parents, vous rend alors sujet (au sens féodal ), esclave de ces personnes.
Enfant, le perfectionnisme deviendra la meilleure stratégie de survie mise au point afin de brouiller les pistes de votre savoir profond: à savoir un parent n’est pas supposé se comporter comme tel. Mais comment enfant, puis-je remettre en cause celui dont dépend ma survie, celui qui serait supposé me nourrir de ces nourritures affectives qui me sont indispensables pour grandir? Et comment, moi qui me sens appartenir au grand tout, puis-je accuser le coup de mon impuissance face à la mélancolie de papa ou le non-amour de maman (ou le contraire hein, je sais, je suis bourrée de stéréotype de genre).
Mais au delà de la mal-traitance ou de l’abus, la culpabilité est un vaste sujet qui nous concerne tous, enfin plus ou moins. Certains en semblent dépourvus et la possibilité de devenir comme eux nous apeure tellement : à savoir des êtres sans coeur, sans empathie, sans humanité qu’il nous est impossible de lâcher ce mécanisme. En effet, pensez-y, les adultes ne vous ont-ils pas laissé croire très tôt que la culpabilité serait le garant d’une forme de sensibilité, de capacité à se remettre en question? Et tout ceci vous parait aujourd’hui tellement précieux pour garantir l’évolution des consciences et de l’humanité. Et pourtant ne serait-ce pas là que réside l’obstacle à votre croissance? Ce mensonge que l’on vous a toujours servi, que la culpabilité serait la clé de votre vertu. Une croyance tellement enracinée en vous qu’elle vous aveugle à son deuxième effet kiss-cool: car au delà de ce doute de soi se cache l’endormissement de votre grandeur et de votre puissance et par la même occasion de votre responsabilité.
La culpabilité plutôt que de vous rendre votre pouvoir, vous ôte toutes possibilités de changement. Elle nourrit la confusion entre l’acte posé ou la pensée qui vous a traversé et la valeur de votre être. Si je fais de la M… alors je suis une M…
Et paradoxalement, en pointant du doigt le tors que vous seriez supposé ETRE brouille votre capacité à voir l’erreur que vous avez commise ou le mal que vous avez subi.
Derrière le fantasme de toute puissance (Tout est de ma faute) se cache en réalité son pendant que vous ne pouvez peut-être assumer à savoir votre impuissance face aux choix de l’autre (si tu me quittes je me suicide: euh bin ok c’est ton choix, je n’ai aucun pouvoir là dessus).
Mais lorsque vous vous rendez fautif de tous les malheurs du monde ou réactions des autres, vous érigez un mur efficace pour vous protéger du jugement (peut-être celui que vous avez sur vous-mêmes et que vous redoutez plus que tout de recevoir des autres). Vous êtes alors aveuglé et vous vous tenez à distance de vos parts d’ombres que vous jugez impardonnables.
Vous vous souvenez je parlais de l’innommable des violences ou mal-traitances subies? Dans la culpabilité il y a aussi son versant opposé, l’innommable qui me revient. Ce peut-être le plaisir que le corps a éprouvé malgré vous alors que vous subissiez des abus sexuels ou encore, la pensée en tant que survivant d’être quand même bien content de ne pas avoir été la victime. Un innommable qui une fois reconnu peut alors vous offrir son trésor: le pardon de vous et votre transformation profonde.
En conclusion, la culpabilité est l’arme suprême pour ne pas ressentir votre propre impuissance et simultanément bloque votre capacité à assumer votre réelle puissance, là où vous avez le contrôle. En confondant le j’ai fait ceci avec le je suis cela, elle vous opprime, vous paralyse et vous ôte toute possibilité de choix.
Car la libération et je terminerai la-dessus: réside dans le choix. le Libre arbitre est un droit et également un choix. Vous pouvez mettre en conscience toute parole, acte, pensée et émotion et re-choisir toutes les dix secondes. Là vous êtes dans votre puissance. Cet espace où vous pouvez reconnaitre avec lucidité ce que vous dites et faites et leur impact sur les autres. Et embrasser votre capacité à choisir autre chose, différemment ou pas.
Les choix en incréments de dix seconds sont la lumière au bout du tunnel de la culpabilité.
En acceptant de regarder tout de vous sans jugement ni complaisance (mentez à tous le monde mais soyez brutalement honnête avec vous-même) alors vous vous donnez la possibilité de transformer tout ce qui vous appartient et qui sait alors réellement avoir un impact positif sur le monde. (Rappelez-vous seulement et uniquement s’ils choisissent de le recevoir).