Camino de Santiago Day 9

Faut que j’vous raconte day 9


Bon aujourd’hui faut qu’j’vous raconte. Faut savoir que le Camino est toujours over blindé. C’est galère pour trouver un logement et nous devons toujours nous ajuster aux places libres plutôt qu’à nos plans kilométriques ou anticipations de lieux à visiter. Pour le moment on se débrouille pas trop mal. On arrive même parfois à programmer deux jours à l’avance ce qui est quand même plutôt confort car cela nous donne le temps de réaliser le parcours à notre rythme. Quand ça bouche niveau auberges, nous faisons des petites étapes afin d’être en tête de liste pour prétendre à un lit dans les refuges sans réservation permise.
Hier ça avait déjà commencé fort. Faut savoir que sur le Camino un moment le cerveau bug. Un peu comme quand tu arrives en immersion linguistique dans un pays étranger. Les premiers jours tes neurones essayent de mettre de l’ordre dans les nouvelles infos. Il est perdu, il part total en vrille: résultat tu sais même plus le nom de ta mere dans ta langue maternelle et les bases bien acquises de la nouvelles langues ont l’air d’avoir foutu le camp quelque part dans le cosmos. Bref. Pour hier nous avions booké deux jours à l’avance et mon cortex préfrontal avait gentiment enregistré le nom d’un lieu bien spécifique. Un truc pas possible à prononcer. Genre où tu dois te racler la gorge trois fois pour y arriver et encore ça ressemble à rien pour les habitants du coin. Pourquoi j’avais retenu ce lieu va t’en savoir. Ce qui est sûr c’est que j’étais plus que convaincue. J’en étais sure de chez certaine. A 7 km de cette étape, j’me dis que ce serait bien de vérifier quand même histoire de pas se retrouver comme des connes dans un endroit sans auberge à des km à la ronde. J’ouvre mon appli et là rien à l’étape au nom de racleur de gorge. Que dalle juste une église et puis un buisson et sûrement quelques eucalyptus ( y en a pas mal dans le coin). Je retourne voir dans mes captures d’écran le nom et le lieu de notre auberge : c’était 4km plus tôt sur le trajet. Une auberge devant laquelle je m’étais dit:  «  cooool j’adorerais dormir ici ( demande et tu recevras)!
Sérieux parfois je me demande ce qui se passe vraiment entre ma phase d’analyse et d’enregistrement des données dans les différentes zones de mon cerveau. Lucky me je suis avec deux nanas ultra bienveillantes. L’une est au bout de sa vie l’autre en a pas eu assez pour ses guibolles à son goût. Entre les deux options faire les 4 km à l’envers ou se taper les 8 qui auraient du suivreet leurs deux états y a moyen que mon erreur soit pas si terrible que ça. J’en mène pas large quand même et le turbine à jugement sur soi et vite enclenchée. Elles m’en veulent pas une minute, la prenne vraiment avec la philosophie propre au pèlerin. Faut dire que mon niveau de culpabilité est tel qu’elles pourront tout me demander pour le reste de la journée. Je purge ma peine mon inconscient en a besoin pour se décharger. J’ai pas bronché, j’ai mis la joie au coeur et m’en suis remise à l’univers.
L’arrivée à l’auberge est détendue mais le peuple arrive en masse au fur et à mesure des heures qui s’écoulent. Le repas en devient une heure de souffrance absolue où le bruit et l’agitation autour de qui fait quoi, qui va où, qui dort où, mettent vraiment mon système nerveux à rude épreuve. Les discussions vont bon train à propos des 4 applications différentes à utiliser, les différentes voies possibles et les recherches de logement. Je sature grave. Je me sens comme à l’entrée des examens à l’unif quand tout le monde super anxieux se posent milles questions, recitent les matières, mélangent les chapitres. La ptite dose d’asperger en moi est aux abois. Elle crie au silence. Elle hurle à la solitude. Je perds mon axe. Je le sens. Je panique et je pleure de toute ces pression trop intense pour mon ptit corps et ma sensibilité de puce de lit. C’est une déferlante de stimulations sensorielles et énergétiques. Mon système est en saturation. Les alarmes tournent à plein pot.
Chris me choppe en pleine crise. Elle me prend dans ses bras et me dit qu’elle me fait confiance. Que je vais trouver mon chemin ma façon à moi de faire le Camino.
Après mes étirements au pieds d’un majestueux olivier je me mets au lit et réalise que décidément il est grand temps de me faire confiance( même si je me trompe), de demander le soutien de l’univers ( ce que j’ai déjà fait mille fois mais que j’ai peur qu’il m’aie pas trop entendue quand même) . Sait-on jamais qu’il enregistre les demandes d’un autre sous mon nom comme mon cerveau avec les lieux au nom à coucher par terre ( et dehors). Dehors par terre une possibilité dans mes options logement tiens.
Ce matin pendant nos premiers 9 km je demande: univeeeeeers montre-moi à quoi ressemblerait cette journée si je me faisais totalement confiance et si j’avais totalement confiance en ton soutien inconditionnel.
Direction ce village où prendre un bus vers Bilbao. J’ai décidé de l’appeler Lizarazu parce que ça ressemble et que vraiment ces noms basques j’arrive pas à les lire encore moins à les retenir.Tout ce qu’on sait c’est qu’on a 9km devant nous et un bus par heure ( mais quelle minute de ces heures?). On s’en fout. Si il faut on attendra le bus à l’ombre d’un hermitage. A notre arrivée à Lizarazu le bus est devant nos yeux. Nous n’avions aucune idée d’où se trouvait l’arrêt. Manifestement juste là où on atterrit. On croirait qu’il nous a attendu. A peine dedans il démarre. A Bilbao nous cherchons sur google l’itinéraire pour notre prochaine destination. Nous allons avoir deux bus. Pas certaine de la correspondance nous entrons dans celui dont le direction semble plus ou moins sur notre route. Nous lui expliquons où nous voulons aller. Il nous fait entrer, nous assoir à l’arrière et nous demande d’attendre pour payer car nous sommes montées à son terminus et non pas à son point de démarrage officiel. Nous voila comme deux vip dans un bus vide qui nous amène là où nous aurions du le prendre. Une fois là bas le chauffeur sort de sa cabine, revient vers nous pour s’assurer de notre destination. Il affirme nous amener à la correspondance et nous fais signe qu’il ne faut pas payer. Pourquoi ? on n’a jamais compris. J’avais demandé maintenant je reçois et je ne fais pas la fine bouche. Le bus nous dépose à l’arrêt de la correspondance et on comprend que cet arrêt ne fait pas partie de sa ligne. Il stoppe son bus nous dit que c’est le moment de descendre nous montre l’arrêt pour notre destination et reprend sa route.
Arrêt en plein cagnard à midi on attend deux minutes top chrono et notre correspondance arrive. Comment ça devient encore mieux que ça ?
Je ne sais pas mais je me réjouis de le découvrir.
Après demain toujours pas de logement je me demande ce que l’univers nous réserve ?