Christine est partie hier matin. Mon chemin en solo commençait donc à Laredo. Je l’ai regardée partir avec un pincement au coeur, un fond d’anxiété enrobé d’excitation. Je n’ai pas trop confiance en mon sens de l’orientation et je n’ai aucune envie de devoir gérer ces problèmes d’auberges seule. Je me suis agrippée à Pedro, un jeune barcelonais pour aller jusqu’à l’embarcadère. 5 km de plage qui ont fait du bien à ma cheville enflammée. Arrivée sur la plage pour la traversée en navette maritime tous les pèlerins des ces derniers jours étaient là. Des visages familiers que je croise perd et retrouve depuis 15 jours maintenant. Le chemin’est tellement en dehors de mes habitudes, marcher tous les jours, se lever avant le soleil, j’ai juste l’impression que cela fait des mois que j’ai quitté la Belgique. Sur le bateau je retrouve Bram, un ptit flamand adorable et son sourire me met en confiance. Nous marchons tous les deux et sommes nombreux presque en file indienne sur ce Chemin de Compostelle. Je m’accroche à lui comme une moule à son rocher. Il est d’une gentillesse et d’une délicatesse incroyable. A nous deux nous défions tous les conflits communautaires. Nous choisissons une bifurcation sur les chemins côtiers. Les passages sont dangereux, nous grimpons sur un sentier très étroit et rocailleux. Avec le sac qui pèse 1/5 de mon poids et mon vertige, je ne suis pas toujours à mon aise. Bram du haut de ses 24 ans veille sur moi. Il ouvre la marche. Bien que nous parlions plus facilement en anglais sur la route sauf quand il m’apprendd le chant des pèlerins ( chant médiéval en français appris par un flamand tout arrive), ce sont les phrases en français qui sortent naturellement de sa bouche quand il prend soin de moi. « Ça va Caroline, tu as besoin d’aide? »
ça me touche cette délicatesse qu’il m’accorde. D’autant plus qu’il m’avouera plus tard devoir affronter sa phobie du français. Un blocage total avec la langue de Molière née d’un père exigeant sur la question et d’une professeur de français colérique qui l’avait jugé mauvais nul et irrécupérable en la matière. J’aimerais avoit cette connasse devant moi pour lui dire combien elle n’a rien compris dans l’apprentissage des langues. C’est une histoire d’émotions, de coeurs qui cherchent à se rejoindre à travers nos univers singuliers modèles par le langage. Je peux vous affirmer que Bram n’est pas dénué de ces compétences. Qu’il utilise systématiquement le français dans ces moments délicats où je glisse sur une pierre où appréhende l’ascension d’un rocher est tout simplement l’un des gestes les plus attentionné que j’ai peu recevoir. La journée a été longue. Nous étions un grand groupe. L’arrivée à l’auberge du Père Ernesto après 30 km est une bénédiction. L’auberge est immense tout en étant caime et aérée. Formée de plusieurs petites maisons cabanons et d’un grand jardin avec des tippi, elle peut accueillir jusqu’à 100 pèlerins par jour. Nous sommes accueillis par des bénévoles. Recevons un verre d’eau et sommes chacun dirigés vers nos chambres. Bien que j’ai cheminé avec un groupe de jeunes, ceux-ci sont emmenés dans les tipis. Vu mon grand âge je dors dans un dortoir dans le bâtiment principal. Pour une fois j’y gagne au change. Il y a 4 lits superposés et un lit individuel. C’est étrange comme cet espace semble cosy et spacieux à la fois. Chacun arrive à se recréer son petit nid personnel. Après ma douche je vais m’allonger au soleil. Mes pieds et ma cheville sont très douloureux. Je suis inquiéte pour la suite. Je n’ai aucune envie de m’affairer sur le toile pour trouver un logement. C’est totalement au dessus de mes forces. A 17h30 Nella, la petite barcelonaise rayonnante nous donne rdz dans le grand pré pour une séance de stretching. J’y serai! J’en ai grand besoin.
Lorsque je rejoins le groupe pour le yoga, une vingtaine de personnes sont en cercle et suivent les instructions de Nella. Nella c’est le rayon de soleil de ce camino, elle Pop sur le chemin comme des grains de rice-crispies dans un grand bol de lait frais le matin. Ici, elle nous offre son calme et une présence inouie. Tout le monde est apaisé concentré et l’écoute avec soin. Nous sommes centré sur nos corps, nos sensations notre respiration. Revenir au corps dans la lenteur et non l’effort me permet de me centrer. C’est comme rentrer à la maison. Je réalise alors combien je suis fatiguée, combien j’ai besoin de repis, mon corps de repos et surtout de temps pour revenir à moi, me ré-approprier le Camino, le faire mien, trouver mon rythme.
Il y a quelques jours déjà, dans la panique de cette course aux logements, j’avais posé les mots sur mes intentions pour le Camino. Je vous les partage.
« Ce que je désire pour ce voyage
Le discernement pour ce qui est bon pour moi. Me sentir suffisamment sécure pour poursuivre l’aventure.
Trouver des lieux calmes et ressourçants pour me poser.
Rencontrer des personnes chouettes douces fun et conscientes que ça fait : oh oui pour m’épauler pour les trajets et/ou logements.
Écrire méditer nager.
marcher souvent longtemps dans des lieux inspirants
Etre dans le total laisser-être avec moi-même, mes envies mes indicateurs
Faire totalement confiance à la vie et me laisser porter par le flux.
M’ouvrir à recevoir et percevoir les possibilités qui vont créer plus grand et joyeux et doux pour mon âme et mon corps ».
Et me voila, en chien tête en bas entrain de pleurer. Je reviens à moi et je réalise qu’il est temps de souffler. J’ai ouvert les vannes et il semblerait que ça ne puisse plus s’arrêter. Je ne sais pas quoi faire alors je reste focaliséesur mon corps et je laisse aller. Plus je m’étire, plus je respire et plus c’est évident. C’est le moment de récupérer, de laisser le corps guérir, de trouver mon chemin. Je vais devoir laisser partir Nella et Bram, faire confiance dans la suite. Je n’ai aucune idée de quelle sera la prochaine étape. J’ai peur de ne pas être capable de réaliser cela seule. J’ai peur de rater quelque chose, faire les mauvais choix. Comme si ce voyage devait être parfait. Je suis perdue et les larmes continuent de rouler sur mes joues alors que je respire le coeur à l’envers et les jambes en l’air.